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Pensée sous influence..

 
 
 
Yahne Le Toumelin ("Prisonnier de ma tête") 
 
 
 
Les limites de la Pensée
 
"La plupart d’entre nous ont une ligne de pensée bien déterminée. Si vous êtes spécialisé, votre pensée suit certains sillons tout tracés ; si vous adhérez à une religion, à une structure idéologique donnée, cela conditionne votre pensée. C’est ainsi que nous perdons notre capacité de raisonnement. La raison suppose une certaine capacité à faire preuve de scepticisme, à douter, à ne pas être prêt à admettre tout ce qui émane des psychologues, des professeurs ou des livres sacrés. Il n’y a pas de livres sacrés : ce ne sont que des ouvrages imprimés, comme les autres livres, mais nous leur accordons de l’importance en raison de leur ancienneté. Il sont, nous dit-on, l’expression de saints ou d’un maître spirituel, c’est pourquoi nous attribuons à ces mots imprimés une énorme importance, ce qui revient à être assujetti au langage. Lorsque nous sommes sous l’emprise du langage, nous sommes incapables de raisonner convenablement, sainement. Il est tout à fait impossible de raisonner logiquement si l’on est au service d’une croyance ou d’une idéologie particulières, car si l’on se consacre ou s’identifie à l’une ou à l’autre, on tourne en rond dans le cercle fermé de cette idéologie ou de cette croyance : on ne pense pas de manière profonde, pleine et entière.
 
Toutes nos activités se fondent sur la pensée. Que ce soit dans la construction d’un splendide édifice, dans la réalisation de formidables prouesses technologiques ou dans nos relations interpersonnelles, chacune de nos actions est ancrée dans la pensée. Et la pensée, quelles que soient les circonstances, est toujours limitée, car elle est issue du savoir, c’est-à-dire du passé.
La pensée nous rend tributaires du temps, autrement dit du passé ; elle est le résultat, l’écho du savoir, des souvenirs emmagasinés dans la mémoire, stockés dans le cerveau. C’est une évidence. Sans être des spécialistes du cerveau, nous sommes néanmoins capables de voir que le cerveau est un instrument très ancien, un très, très vieil outil, conditionné par l’enregistrement d’une succession de dangers, de plaisirs, de peurs, etc.
La pensée, c’est donc le mouvement du temps, elle n’est autre qu’un processus de mesure : « Je vais devenir meilleur. Je crois être ceci, mais demain je vais me transformer, devenir autre. » Tout cela procède de la mesure. Les notions de plus et de moins, de profondeur et de hauteur, de vertical et d’horizontal, relèvent toutes de ce processus de mesure. Toute mesure implique une comparaison. Chacun d’entre nous ou presque se compare à autrui : on se compare toujours à quelque chose de plus grand — jamais aux plus dépourvus que nous, mais à ceux qui sont d’un rang supérieur, ou dotés d’un intellect supérieur.
La pensée est limitée en toutes circonstances : c’est un processus visant à mesurer, elle n’est donc jamais libre."
 
 
Rôle de la pensée dans les rapports humains
 
"La relation est-elle un processus d’identification ? La relation que vous entretenez avec votre femme, votre petite amie, ou petit ami, se fonde-t-elle sur la pensée ? Vous pouvez dire : « Non, elle n’est pas basée sur la pensée, mais sur l’amour. » C’est le mot le plus faux, le plus frelaté jamais utilisé, car ce terme insidieux d’ « amour » nous permet de fuir. Jamais nous n’affrontons la question de savoir ce qui est à la source de nos relations les uns avec les autres, intimes ou autres : est-ce la pensée ? Et si ce n’est la pensée, s’agit-il alors des sens ? Les sensations sexuelles, le sentiment, la sensation de partage, de compagnonnage, etc. — tout est basé sur la pensée. Les sens deviennent l’instrument de la pensée, qui s’identifie alors avec les sens.
Si la base en est la pensée, la pensée étant limitée, votre relation à autrui l’est forcément aussi, or deux relations limitées engendrent le conflit. Dans toutes nos relations, nous sommes en conflit avec l’autre.
Nous devons savoir s’il existe une relation qui ne soit pas fondée sur la pensée, celle-ci n’étant autre que le souvenir, la mémoire. Vous m’avez fait du mal, et je m’en souviens. Vous m’avez donné du plaisir — sexuel ou autre — et je m’en souviens. Vous m’avez blessé, vous m’avez porté aux nues, vous m’avez réconforté : tout cela est emmagasiné en moi sous forme de souvenirs : de là naît la pensée, et je dis que je suis lié à vous.
Pour répondre à cette question, il faut examiner pourquoi le cerveau enregistre. Par exemple, vous avez eu, sous le coup de l’agacement, des mots malheureux envers votre petit garçon ou votre fille, votre mari ou votre femme, ou vous avez au contraire échangé des paroles gratifiantes. Toutes ces paroles sont enregistrées. Cet enregistrement fait partie du système d’auto-protection du cerveau, qui ne peut fonctionner que dans un contexte de sécurité absolue.
Les souvenirs d’ordre sexuel, les images évocatrices, et tout ce qui a trait au sexe et nous y incite, sont mémorisés, emmagasinés, ravivés par le cinéma, le film, l’image. Et c’est à partir de cet enregistrement que commence la pensée. Or, il n’est possible d’être attentif que si l’on ne s’identifie pas à l’autre, à son esprit.
Dès l’instant où vous dites « ma fille » ou « mon fils », vous êtes pris au piège. Des mots comme « ma femme », « mon mari » vous aliènent, car ce sont de véritables bombes émotionnelles. Vous vous laissez manipuler par les mots, alors que si vous échappez à l’identification, et par conséquent à l’influence du contenu émotionnel des mots, vous pouvez faire usage de ceux-ci de manière normale et saine — et non émotionnelle.
 
 
De la nécessité de combler le vide 
 
Vous vous demandez : « Que suis-je au juste ? » Vous êtes — cela va de soi — votre nom, votre forme, votre corps, votre organisme, votre visage, mais il s’agit là de votre nature biologique, physiologique. En dehors de cela, qu’êtes-vous au juste ? Sinon le résultat de toute cette structure, de tout ce processus de la pensée ?
Mis à part votre visage, vos cheveux bouclés - bruns, noirs ou violets, peu importe - qu’êtes-vous au juste ? Dépouillez-vous des mots, mettez-vous à nu. N’êtes-vous pas le résultat logique de mots tels que : « Je suis britannique », « Je suis russe », « Je suis catholique » ? N’est-il pas vrai que vous êtes le résultat de la pensée ? Et, nous l’avons dit, la pensée est limitée. Ce que vous êtes est donc très limité. Cette entité limitée déclare : « Je suis ceci », « Je suis cela, » « J’ai des millions de dollars », « J’ai une belle vie », ou « Je mène une existence affreuse » - tout cela reste cependant circonscrit aux limites étroites de la pensée.
Qu’en est-il de vous, une fois dépouillé de vos conclusions, de vos mots, de votre expérience ? Vous n’êtes rien. Vous êtes vide.
Et, consciemment ou inconsciemment, ce sentiment de n’être rien vous fait peur : vous commencez alors à vous identifier à quelqu’un, à quelque chose, et vous croyez pouvoir combler ce vide, l’emplir d’une multitude d’idées, de relations, de connaissances, etc..
Est-ce que la pensée — l’esprit — est capable d’observer ce vide, sans s’en écarter ? En général, la tradition et le conditionnement nous incitent à l’action : il faut être actif, il faut faire quelque chose. Nous sommes habitués à ce qu’on appelle l’action « positive ». Tout ce qui ne relève pas de l’action positive est étiqueté « action négative ». Notre cerveau, notre esprit, nos habitudes obéissent à cette notion d’action positive, qui nous pousse à agir, à faire quelque chose. J’ai peur : je dois maîtriser ma peur. Je suis avide : j’agis dans le but de satisfaire ou de contrôler mon avidité. La plupart d’entre nous sont donc rodés à agir - attitude que l’on qualifie « positive » — et cette action « positive » englobe aussi la réaction opposée qui consiste à rester passif, à plonger dans la torpeur devant les faits, à les camoufler ou à les fuir.
 

Ce que nous suggérons c’est qu’il existe un autre type d’action : une non-action, sans aucun lien avec l’action « positive ». La non-action, n’est pas l’opposé de l’action. L’action, étant fondée sur la pensée, reste très limitée, alors que la non-action, étrangère à tout lien avec un contraire, est d’un ordre tout à fait différent.

Le fait est que vous vous identifiez parce que vous avez peur, que vous vous sentez seul, vide, angoissé. Ce fait, pouvez-vous l’observer, mais sans intervenir ? Pouvez-vous le regarder, simplement, comme on contemple la majesté des montagnes, comme on suit du regard la course des eaux vives ? Ne rien faire d’autre qu’observer. Si vous observez ainsi, vous êtes dans la non-action — et ce qui fait l’objet de votre observation en est profondément modifié. En revanche, lorsqu’on veut intervenir, agir « positivement », on se distancie de ce qu’on observe — de là naît le conflit.

Racines de la Peur

Nous éprouvons tous une certaine forme de peur — en tous cas la peur concerne la plupart d’entre nous. Notre vie est si menacée. Nul n’est certain d’avoir les ressources suffisantes pour vivre, il y a aussi l’incertitude liée à la guerre, aux pressions qui s’exercent partout dans le monde. On redoute de perdre son emploi, de tomber malade : dans chaque cas la peur est présente. Sur le plan psychologique, intérieur, il y a la peur de la solitude, la peur de l’échec, la peur de ne pas être aimé ou même la peur du noir. La peur et ses nombreuses ramifications..

Quelles sont les racines de cet immense sentiment de peur, dans nos relations, dans nos activités, dans notre travail, cette peur de l’avenir, et tout ce que que cela implique ? Je peux analyser les causes et les conséquences, mais l’analyse ne résout pas le problème car celui qui analyse se croit distinct de l’objet analysé. Nous ne sommes pas ici en train d’analyser, mais d’observer. L’analyse et l’observation diffèrent du tout au tout. L’observation suppose que l’on regarde sans qu’il y ait d’observateur. Alors que si l’on analyse les causes, les raisons, et que l’on poursuit indéfiniment l’analyse, cela suppose que l’analyseur s’estime distinct de l’analysé. Cette observation nous dévoile toute l’histoire de l’objet observé, mais en outre, l’observation en soi déclenche un processus de changement au sein même de ce que l’on observe. Etes-vous capable d’observer votre peur de cette façon-là ? Pour ce faire, aucune pratique n’est requise, contrairement à ce qu’affirment vos théories favorites. Si vous êtes vraiment décidé à vous libérer de la peur, il faut observer. Quelle est l’origine de la peur, de toute peur ? La source de toute peur n’est-elle pas le temps ? Le temps qui nous fait dire : « Et si je tombais malade » ; « Et si je perdais mon travail » ; « Il se pourrait que mes mauvaises actions soient dévoilées au grand jour » ; « J’ai peur de la mort, qui m’attend là-bas. » ; « Ma femme pourrait se mettre en colère. » « Et il se pourrait que... »

La peur n’est-elle pas le mouvement du temps ? Tout mouvement implique le temps : pour aller d’ici à là-bas, du passé au présent, du présent au futur, il y a tout un mouvement qu’on appelle le temps. Ce mouvement du temps, n’est-ce pas la pensée ? Pouvez-vous observer le mouvement du temps, autrement dit le processus de la pensée, qui n’est autre que la racine même de la peur, l’observer sans chercher à agir sur lui ?

L’observation suppose l’absence d’observateur — donc de celui qui incarne le passé, qui a des théories, des conclusions toutes faites, des espoirs, des craintes, des orientations. Pour regarder sans qu’il y ait d’observateur, nul besoin d’un entraînement : il faut simplement observer sans rien attendre en retour. Vous verrez alors, si vous regardez de cette façon-là, que les racines de la peur se mettent à changer du tout au tout. Quand l’observation est attentive, vivace, passionnée, les racines de la peur commencent à se dissoudre : c’est l’effet de la non-action, de la négation." ...

 

Jiddu Krishnamurti

 

("C'est faux de dire : je pense. On devrait dire : on me pense." - Arthur Rimbaud)

 

Life is ..

 
 
        
 
 
It takes a crane to build a crane
It takes two floors to make a story
It takes an egg to make a hen
It takes a hen to make an egg
There is no end to what I'm saying

It takes a thought to make a word
And it takes some words to make an action
And it takes some work to make it work
It takes some good to make it hurt
It takes some bad for satisfaction

Ah la la la la la la life is wonderful
Ah la la la la la la life goes full circle
Ah la la la la life is wonderful
Ah la la la la la

It takes a night to make it dawn
And it takes a day to make you yawn brother
And it takes some old to make you young
It takes some cold to know the sun
It takes the one to have the other

And it takes no time to fall in love
But it takes you years to know what love is
And it takes some fears to make you trust
It takes those tears to make it rust
It takes the dust to have it polished

Ah la la la la la la life is wonderful
Ah la la la la la la life goes full circle
Ah la la la la la la life is wonderful
Ah la la la la

It takes some silence to make sound
And it takes a lost before you found it
And it takes a road to go nowhere
It takes a toll to make you care
It takes a hole to make a mountain

Ah la la la la la life is wonderful
Ah la la la la la life goes full circle
Ah la la la la la la life is wonderful
Ah la la la la la life is meaningful
Ah la la la la la la life is wonderful
Ah la la la la la life is meaningful
Ah la la la la la la life is full of
Ah la la la la la life is so full of love.. 
 

Le souffle..

 
 
 
  
 
Je voudrais mourir dans tes cheveux, dans la coupe de tes mains,
une eau claire qui s'écoule sans se préoccuper des saisons,
le chant de l'alouette qui colore de mille éclats l'aube blafarde
du jour recommencé, tu me dis dans l'amour c'est toujours l'innocence,
tu déchires le voile des peurs enfouies, tu me brûles du feu de tes lèvres,
et sans fin le souffle de ton désir ondule sur ma peau affamée
comme le vent du désert sur les dunes éternelles..
 
 
("Tout vrai regard est un désir"- Musset)
 
    
 

Hasta pronto..

 
 
 
(Pénélope Bagieu) 
 
 
 
    
      Stacey Kent - "Too darn hot"
 
 

Rendez-vous..

 
 
 
 
 
 
 
 
Il lui avait donné rendez-vous le lendemain près de l'étang, et puisque ses amours étaient à l'agonie, elle avait décidé de s'y rendre .
 
Pendant qu'elle divaguait sur la plage, elle essaya de se souvenir du déroulement de cette soirée où elle n'avait échangé que quelques mots avec cet homme. Mais en vain. D'ailleurs elle se demandait si sa mémoire ne commençait pas à être un peu défaillante. La farandole de ses souvenirs entremêlés la rendaient folle par moments. D'où pouvait bien venir ce grain de sable qui avait enrayé son fonctionnement, si parfait jusqu'alors ?
 
Il y avait en filigrane, sur les bords de la carte qu'il lui avait remise avant de s'éclipser, la marque d'une minuscule tache de sang. Avait-il saigné du nez, ou alors peut-être cette petite blessure à la tête qu'elle avait décelée sous son chapeau.
 
La voûte de ce ciel sans lune n'éclairait plus la mer et ses pas aveugles sur le sable noir la ramenèrent lentement chez elle. La miette d'ombre qui s'était infiltrée dans sa mémoire avait fini d'éveiller sa curiosité et la fit basculer à nouveau sur la rive du désir..
 
 
  
                Térez Montcalm
 
 
 

N'importe où..

 
 
 
 
 Paul Bond ("shelter")
 
 
N'importe où un bout de terre
sous le soleil la mer n'est jamais loin
mais ses embruns ne gercent plus mes lèvres
les orangers et les figuiers déposent leur fruits mûrs
à mes pieds et les mouettes ne font plus partie du décor là 
où le vent et la pluie ne sont plus que caresses sur ma peau nue
 
dans la nuit j'écoute le bruit des voix qui m'entourent
et je reconnais la tienne qui s'approche tout près de moi
 
 

Entre l'Exil et le Désir..

 
  
 
Miguel Angel Yrazazabal 
 
  

La gloire du poète (extrait)

Démon, ô toi mon frère, mon semblable,
Je t'ai vu pâlir, suspendu comme la lune du matin,
Caché sous un nuage dans le ciel,
Parmi les horribles montagnes,
Une flamme en guise de fleur derrière ta petite oreille tentatrice,
Et tu blasphémais plein d'un ignorant bonheur,
Pareil à un enfant quand il entonne sa prière,
Et tu te moquais, cruel, en contemplant ma lassitude de la terre.

Mais ce n'est pas à toi,
Mon amour devenu éternité,
A rire de ce rêve, de cette impuissance, de cette chute,
Car nous sommes étincelles d'un même feu
Et un même souffle nous a lancés sur les ondes ténébreuses
D'une étrange création, où les hommes
Se consument comme l'allumette en gravissant les pénibles années de leur vie.

Ta chair comme la mienne
Désire après l'eau et le soleil le frôlement de l'ombre;
Notre parole cherche
Le jeune homme semblable à la branche fleurie
Qui courbe la grâce de son arôme et de sa couleur dans l'air tiède de mai;
Notre regard, la mer monotone et diverse,
Habitée par le cri des oiseaux tristes dans l'orage,
Notre main de beaux vers à livrer au mépris des hommes.

Les hommes, tu les connais, toi mon frère;
Vois-les comme ils redressent leur couronne invisible
Tandis qu'ils s'effacent dans l'ombre avec leurs femmes au bras,
Fardeau d'inconsciente suffisance,
Portant à distance respectueuse de leur poitrine,
Tels des prêtres catholiques la forme de leur triste dieu,
Les enfants engendrés en ces quelques minutes dérobées au sommeil,
Pour les vouer à la promiscuité dans les lourdes ténèbres conjugales
De leurs tanières, amoncelées les unes sur les autres.

Vois-les perdus dans la nature,
Comme il dépérissent parmi les gracieux châtaigniers ou les platanes taciturnes,
Comme ils lèvent le menton avec mesquinerie,
En sentant une peur obscure leur mordre les talons;
Vois-les comme ils désertent leur travail au septième jour autorisé,
Tandis que la caisse, le comptoir, la clinique, l'étude, le bureau officiel
Laissent passer l'air et sa rumeur silencieuse dans leur espace solitaire.

Écoute-les vomir d'interminables phrases
Aromatisées de facile violence,
Réclamant un abri pour l'enfant enchaîné sous le divin soleil,
Une boisson tiède, qui épargne de son velours
Le climat de leur gosier,
Que pourrait meurtrir le froid excessif de l'eau naturelle.

Écoute leurs préceptes de marbre
Sur l'utilité, la norme, le beau;
Écoute-les dicter leur loi au monde, délimiter l'amour, fixer un canon à l'inexprimable beauté,
Tout en charmant leurs sens de haut-parleurs délirants;
Contemple leurs étranges cerveaux
Appliqués à dresser, fils après fils, un difficile château de sable
Qui d'un front livide et torve puisse nier la paix resplendissante des étoiles.

Tels sont, mon frère,
Les êtres auprès de qui je meurs solitaire,
Fantômes d'où surgira un jour
L'érudit solennel, oracle de ces mots, les miens, devant des élèves étrangers,
Gagnant ainsi la renommée,
Plus une petite maison de campagne dans les inquiétantes montagnes proches de la capitale;
Pendant que toi, caché sous la brume irisée,
Tu caresses les boucles de ta chevelure
Et contemples d'en haut, d'un air distrait,
ce monde sale où le poète étouffe..

                         .../...

            Luis Cernuda

(Invocations 1934-1935 - traduction Jacques Ancet)


Master class ..

 
 
 
 

 
Pour les nostalgiques, la troublante Sharon.. lors des essais de "Basic Instinct", où elle donne la réplique au réalisateur Paul Verhoeven..
 
 

La maison sans placard..

 
 
 
 
Isabelle Mignot 
("Un jour, une rencontre.." 
 
 
Il ramassa ses lunettes et les nettoya minutieusement tout en l'épiant de son regard torve.
 
Un bruissement de feuilles la sortit de sa rêverie et elle se remémora le mauvais pressentiment qu'elle avait eu lorsqu'ils avaient emménagé dans cette maison sans placard. Elle s'était demandé où les anciens locataires avaient bien pu cacher leurs squelettes..
 
Elle déambula un long moment dans le jardin envahi par les broussailles, en se disant qu'elle ne parviendrait jamais à apprivoiser cet endroit.
L'eau des sources et le doux murmure de la mer qui avaient bercé toute son enfance s'étaient transformés en ce crachin silencieux qui n'en finissait plus. Et elle avait beau remonter le col de son manteau, elle ressentait toujours plus fort cette humidité froide qui s'insinuait dans les moindres recoins de son être. Elle se souvient alors avoir ardemment souhaité la violence purificatrice d'un orage pour la vider de toute cette grisaille accumulée en elle.
 
A cette époque, celui qui deviendrait plus tard son mari l'accompagnait encore presque partout où elle allait, tel un génie faussement protecteur ne pouvant se détacher de sa créature..
 
Il continuait toujours de l'observer de loin, ne sachant pas qu'elle lui échapperait aussitôt qu'elle aurait retrouvé le vrai visage de son père, perdu dans le dédale de sa mémoire. Elle viendrait à bout de ce voleur d'enfance qui se repaissait encore d'elle, ce n'était plus qu'une question d'heures à présent..
 
Le soir même, elle prenait le train de nuit pour une destination inconnue et ne réveilla pas l'enfant jusque-là..
 
 

Not just a gigolo !

 
 
 
 Bruce Willis ("Devil woman") 
 
 

Vibrations ..

 
 
 
 
 Yuko Adachi ("Nature Feels")
 
  
Ils se sont accordés en vibrations duelles
Au bout de leurs errances et des sursauts de l'âme
Entre eurythmies factices et distorsions cruelles
Ils ont gravé sur eux le même monogramme
Dans l'encre des fêlures et le fiel du mensonge
Ils se sont reconnus à la croisée des rêves
Réprimés en leur fond pareil à cette éponge
Qui retrouverait forme au baiser de la grève ..