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    Les musiques du silence..

     
     
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    Carlos Estevez 
     
     
    Je dansais à en perdre le souffle sur les rives de l'oubli..
    Les musiques du silence m'avaient entraînée
    jusqu'à la démesure sur des rythmes endiablés,
    et je m'étais pris les pieds dans les tapis trop soyeux
    des plaisirs de contre-façon.
    L'ivresse était vite retombée comme un rideau de théâtre
    au dernier acte joué. 
    Je me retrouvais seule alors
    sur la scène des apparences.
     
    Marionnette désarticulée
                                                 au milieu de nulle part,
     
    Tu as recousu mes déchirures au fil de ta tendresse,
    m'as rendu le souffle en me mettant l'eau à la bouche.
    Avec mille précautions, en me soulevant de terre,
    tu as défroissé chaque parcelle de ma peau 
    et réveillé les éclats d'ambre de mes yeux.
     
    J'ai croisé le feu de ton regard 
                                                  et je ne veux plus m'en détourner.. 
     
     

    A l'ombre des géants..

     
     
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    Patty Laurent ("Ulysse") 
     
     
    J'ai vu des infinis sous mes paupières scellées,
    embrasements furtifs écartelant le ciel,
    des serpents de couleurs sur des terres brûlées,
    des rivières taries jusques aux mers de sel
    aux volcans dégorgeant leurs crachats d'étincelles..
     
    Au-delà du désir, par l'absence aveuglée,
    j'ai comblé par le fond l'abîme originel
    des amours illusoires et des rêves d'enfants,
    et me suis endormie à l'ombre des géants..
      

    Démonologue..

     
     
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    (H.R. Giger) 
     
      
     
    Leurs mots sont lourds de sève contenue,
    d'âmes en détresse qui font la ronde
    pour se sentir moins seules,
    Ils nous transpercent de leur regard ignescent
    pour débrider le nôtre, 
    Leurs chants nous aspirent
    vers des sphères de musique inconnue 
     où les notes se lisent sur nos lèvres exsangues,
    Le fiel qui coule de leurs bouches
    se mêle à la rosée du matin pour étancher
    nos soifs de lendemains
    et leur esprit flamboyant retranscrit
    en lettres de sang le chapitre
    du reste de nos vies..
     
      
     
      
       (Marilyn Manson - "Sweet dreams")
     

    Les Pas Perdus..

     
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    David Allan Brandt
      
     
     
    J'ai descendu des fleuves d'impatience
    Accrochée au radeau des Médusés..
    J'ai voulu croire aux pactes des Infidèles
    Qui n'ont jamais eu d'autre prière que leur Crédo..
     
    J'ai mordu dans des fruits au goût trop amer
    Qui pour toujours m'ont écoeurée des jardins d'Eden,
    A la beauté trop parfaite de décors de théâtre
    Et aux Amours d'imposture qui s'y jouent..
     
    J'ai marché en aveugle pour contrer les évidences, 
    Et franchi les horizons où agonisait le soleil..
    Je me suis égarée loin de ma Terre première
    Et depuis tout ce temps je dérive encore 
    A la recherche des Pas Perdus.. 
     
     

    Un point c'est tout..

     
     
     
     Shlomo Alter ("Dark matter")
     
     
    Le jardin du coeur est vide
    Un rai de lumière -
    Le point de non-regard
     
     
     
     
     

    A sa place..

     
     
     
    Picasso ("Le printemps"-1956) 
     
     
     
    Tout est à sa place.
    Dans un désordre que je retrouve intact, et qui me rassure.. un peu.
    Un fouillis inextricable, qui fait place nette à l'intérieur. 
    Aurai-je assez de temps pour combler tout cet espace en creux au fond de moi,
    cet abîme sans écho, qui se heurte aux murs trop lisses de ma geôle ?
    Oui, tout est bien à sa place.
    Sauf moi ..
     
     
     
       
     
     

    Sur le fil..

      
     
      
     
     
     
    Jean-Pierre Etienne ("Plaisir")
     
     
     
    Il marche en équilibre
    Sur le fil des amours sans lendemain
    Les pieds sur le vide et sous la langue
    Un goût d'inachevé
     
    Il vacille quand le ciel se détourne de lui
    Mais même sans balancier 
    Continue d'avancer sans voir plus loin
    Que le bout de ses souliers
     
    Il voit les visages et il entend les voix
    Sans même s'apercevoir
    Que ce qui est là
    N'y est pas
     
    Et que le fil trop tendu
    a cédé sous
    ses pas..
     
     
     
     
    ("Une condition capitale pour toute jouissance, c'est de se limiter." Kierkegaard)
     
     
     

    Eructations..

     
       
     
     
     
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     Jorge Porras
     
     
     
    Des mots à outrance
    Ordalies en dissonance
    Et à larmes blanches
     
     
     
    ("Il n'y a pas d'ailleurs où guérir d'ici" Eugène Guillevic)
     
     

    De l'autre côté..

     
     
     
     
     
     
     
     Joan Mirò (1961)
      

     
    "La même démarche me fait chercher le bruit caché dans le silence,
    le mouvement dans l'immobilité, la vie dans l'inanimé,
    l'infini dans le fini, des formes dans le vide,
    et moi-même dans l'anonymat."
     
     
    Joan Mirò
    1893-1983
     
     

    Brouillage..

     
     
     
     
     
     
     
    (Igor Kraguljac) 
     
     
     
    sur la rouille des pensées
    le gel du silence
    visages en délitescence
     
     
     
     
    ("Le meilleur que nous puissions attendre des hommes, c'est l'oubli." F. Mauriac)
     

    Fin de partie..

     
     
     
     
     
     
     
    Faire tomber tous les masques en brisant les miroirs
    Inventer le réel pour sortir des mouroirs
    Nier les évidences qui déteignent l'espoir
     
    Dénouer les intrigues juste au fil du rasoir
    Et se retrouver seule assise dans le noir
     
    Pour une dernière séance où même sans y croire
    Accrochée à son siège face aux rideaux de moire
    Racine ou bien Molière égarant sa mémoire
    Torchères et dorures allument son rêve du soir
    Incendiant tout son être à ces jeux expiatoires
    Elle s'extrait d'elle-même tout comme d'un pressoir..
     
     
      
     
    ("Ce que nous attendons tous du théâtre, c'est la révélation de cet autre qui gît au plus profond de nous-mêmes,
      plus nous-mêmes que nous-mêmes et cependant inconnu.." Laurent Terzieff)
     
     

    Rendez-moi l'âme..

     
      
     
     
    Isabelle Mignot ("Going further")
     
     
     
    Elle avait cru entrevoir cette étrange variété du noir qui a pour nom Lumière
    Elle avait cru avoir retrouvé son chemin dissimulé par les ronces de l'oubli
    Elle avait imaginé pouvoir s'extirper du lit marécageux de ses chimères
    En se livrant corps sans âme aux méandres de ces écrits sans homélie
     
    Elle n'avait fait que s'endormir
    Sur la grève mouvante de ses désirs
     
    Elle n'en avait plus..
     
     
     
     
    ("Je suis ce que je ne suis pas. Je suis où je ne suis pas — tellement que ce que j’appelle mon esprit, c’est mon non-moi." Paul Valéry)
     
     
     

    L'appel du vent..

     
     
       
     
     
     
    "Tout est magie ou rien"
     
     
    Novalis
     
     
     
     
    (David Edwards - "Valley") 
     
     
     
    Le chemin semble se dessiner sous mes pieds,
    Peut-être la vallée du Vent qui m'appelle et
    m'emporte..
     
    A bientôt,
    et merci à vous tous pour votre fidèle attention..!
     
     
    Babel
    en partance..
     
     
     
     
    (une pensée pour G.D., parti trop tôt sur un autre chemin.. moins emprunté..)
     

    Like a bird..

     
     
    "L'oiseau en cage ne sait pas qu'il ne sait pas voler"
    Jules Renard
     
     
     
     
        
    Anthony & the Johnsons - Bird Gerlh
     
     
     
    (merci à U.E. pour ce cadeau.. )
     
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      Salut l'Artiste !
     
     
     
     
     
     
     

    ...

      
      
     
     
     
     
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    on dirait la fleur immobile

    et pourtant...

     

     

    Miette d'ombre..

     
     
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     (Cali Rezo)
     
     
    Elle ne guérirait plus de cette blessure du silence qui avait gonflé en elle jusqu'à la rendre méconnaissable et la défigurer complètement..
     
    Du plus loin qu'elle se souvienne, elle n'avait jamais été conviée à cette farandole des masques grimaçants de bonheur satisfait où elle n'avait perçu que l'agonie de l'innocence. La beauté se cachait-elle derrière ce cortège hideux de faux-semblants ou devrait-elle, pour le trouver, en payer le prix et perdre la vue ?
     
    Elle avait déjà fait une si longue route ! Sa vue commençait à baisser, mais elle était toujours autant submergée par les émotions incontrôlées. A chaque fois, provenant d'une ancienne blessure qui se remettait à saigner dans sa tête.
    A vrai dire, elle n'y voyait plus très clair et elle en était arrivée à se demander s'il fallait continuer à avancer dans ce brouillard épais qui l'effaçait peu à peu de tous les miroirs. On ne distinguait d'elle qu'une silhouette entraperçue au croisement des rencontres de hasard, et le sable sous ses pieds ne révélait plus aucune trace..
     
    Une tache noire était apparue sur son visage et grossissait de jour en jour, la dissumulant aux yeux des autres. . La miette d'ombre qui l'avait encore épargnée jusqu'ici venait de s'abattre sur elle, la confondant avec la dernière lueur du jour.  
     
    Alors, elle se disait qu'il lui faudrait peut-être remonter le temps pour retrouver son nom perdu...
     
     
      

    Shooting dogs..

     
     
     
     
     Nicola Walker ("Shooting dogs")
     
     
    Elle jeta un dernier regard en arrière pour évaluer la distance qui la séparait encore des miliciens. Et, sans plus réfléchir, elle décida de courir droit devant elle, en ne pensant plus qu'à accélérer le mouvement de ses jambes. Courir toujours plus vite. Surtout ne pas faiblir. Ne penser à rien d'autre qu'à s'échapper de cet enfer.
     
    Effacer de sa mémoire le visage de son père qui était resté avec les autres, pris au piège derrière les grilles de cette école où ils avaient cru pouvoir échapper à la barbarie. Ne plus penser à tous ces corps mutilés baignant dans leur sang, massacrés sans aucune distinction d'âge ni de sexe, qui jonchaient les rues et les trottoirs de la ville, livrés en pâture aux chiens errants..
     
    Et puis le trou noir.
     
    Les années avaient passé, et ce jour-là elle s'apprêtait à retrouver le jeune professeur qui avait veillé sur elle et sa famille, quand elle n'était encore qu'une adolescente sur cette terre d'Afrique qu'on lui avait volée. Cet homme si droit et si courageux dont elle avait été secrètement amoureuse et qui avait fini par l'abandonner, lui aussi, comme tous les autres..
     
    Elle était si impatiente de le revoir et, à présent qu'elle était là sur ce banc, tout près de lui, les mots s'étranglaient au fond de sa gorge.
     
    Un long silence, comme une dernière frontière à franchir .. et enfin, elle lui posa la question qui l'avait tant tourmentée pendant toutes ces années : - "Pourquoi tu es parti ? Tu avais promis !"
     
    Il la regarda droit dans les yeux et lui répondit : - "Parce que j'ai eu peur de mourir.."
     
    Alors elle détourna son regard et, en lui prenant doucement la main, esquissa un sourire. Aujourd'hui, elle n'était plus cette petite fille fragile qu'il avait été incapable de protéger. 
    Elle n'avait plus peur des chiens errants..
     
     
     
    ***
     
     
    Ces mots m'ont été inspirés par le film très émouvant de Michael Caton-Jones, "Shooting dogs", passé sur Arte dernièrement..
     
     
     
     
     

    La femme rompue..

     
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    (Yves Woirgard) 
     
     
    Le regard perdu
    dans le naufrage de son histoire
     
    Une femme rompue
    à l'écueil de sa mémoire..
     
     
     

    Je pense, donc je sue..!

     
     
     
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     (collage de Jacques Sternberg)
     
     
    Jacques Sternberg (1923-2006), un auteur que j'affectionne tout particulièrement.. pour son humour glacé touchant à l'absurde et même au burlesque, à travers une écriture au style inclassable.
    Romancier, dramaturge, pamphlétaire, essayiste, journaliste et chroniqueur, et aussi scénariste du film d'Alain Resnais "Je t'aime, je t'aime" .. etc
     
    Ci-dessous, quelques unes de ses citations :
     
    "Le superflu m'a toujours paru le sel de la vie et seuls les charmes de l'inutile peuvent vous aider à supporter les horreurs de l'indispensable quotidien." ("Vivre en survivant")
     
    "Il n'y a que deux catégories dans la société moderne : les vendus et les invendables." ("Dictionnaire des idées revues")
     
    "Il y a deux sortes de ruminants: les bovidés, qui ruminent de l'herbe, et les humains, qui ruminent du verbe."
     
     
    La femme libérée se veut libre de l'amour de l'homme, elle a pour seule ambition de devenir l'esclave d'un patron indifférent." ("Vivre en survivant")
     
    "La consommation n'a jamais été que la sommation aux cons." ("Lettres aux Terriens")
     
    "La vie est le seul raccourci d'un néant à un autre."
     
    ***
     
     
    Pour avoir plus d'infos sur sa vie et son oeuvre, n'hésitez pas à consulter les liens ci-dessous :
     
     
     

     
    Jacques Sternberg
     
     

    Le désert des mots..

     
     
     
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    Mes mots
     
    Je les regarde et je ne les vois pas..
     
     
    Ils disparaissent
      
    Comme la trace des mouettes
     
    Sur cette plage
     
    Désertée même par les vents..