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La cage des mots..

 
 
 
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Magritte
 
 
 
Les mots, s'ils ne parviennent pas
à s'échapper des barreaux de la Pensée,
sont comme les oiseaux en cage
qui finissent par refuser
de s'envoler..
 
 
 
 
(A Lui.. qui était aussi léger qu'une plume, et qui ne verra jamais plus ses mots s'envoler ! Adieu Pierrot lunaire )
 
 
 

A l'ombre des géants..

 
 
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Patty Laurent ("Ulysse") 
 
 
J'ai vu des infinis sous mes paupières scellées,
embrasements furtifs écartelant le ciel,
des serpents de couleurs sur des terres brûlées,
des rivières taries jusques aux mers de sel
aux volcans dégorgeant leurs crachats d'étincelles..
 
Au-delà du désir, par l'absence aveuglée,
j'ai comblé par le fond l'abîme originel
des amours illusoires et des rêves d'enfants,
et me suis endormie à l'ombre des géants..
  

Dévisagements..

 
 
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(Elena Zolonitsky) 
 
 
 
Les cahiers de Malte Laurids Brigge (extrait)
 
"J'apprends à voir. Je ne sais pas pourquoi, tout pénètre en moi plus profondément, et ne demeure pas où, jusqu'ici, cela prenait toujours fin.
J'ai un intérieur que j'ignorais. Tout y va désormais. Je ne sais pas ce qui s'y passe.
Aujourd'hui, en écrivant une lettre, j'ai été frappé du fait que je ne suis ici que depuis trois semaines. Trois semaines ailleurs, à la campagne par exemple, cela semblait un jour, ici ce sont des années.
Du reste je ne veux plus écrire de lettres. À quoi bon dire à quelqu'un que je change ? Si je change, je ne suis plus celui que j'étais, et si je suis autre que je n'étais, il est évident que je n'ai plus de relations.
Et je ne peux pourtant pas écrire à des étrangers, à des gens qui ne me connaissent pas!
L'ai-je déjà dit! J'apprends à voir. Oui, je commence.
Cela va encore mal. Mais je veux employer mon temps. Je songe par exemple que jamais encore je n'avais pris conscience du nombre de visages qu'il y a. Il y a beaucoup de gens, mais encore plus de visages, car chacun en a plusieurs. Voici des gens qui portent un visage pendant des années. Il s'use naturellement, se salit, éclate, se ride, s'élargit comme des gants qu'on a portés en voyage.
Ce sont des gens simples, économes; ils n'en changent pas, ils ne le font même pas nettoyer. Il leur suffit, disent-ils, et qui leur prouvera le contraire? Sans doute, puisqu'ils ont plusieurs visages, peut-on se demander ce qu'ils font des autres. Ils les conservent. Leurs enfants les porteront.
Il arrive aussi que leurs chiens les mettent. Pourquoi pas?
Un visage est un visage.
D'autres gens changent de visage avec une rapidité inquiétante. Ils essaient l'un après l'autre, et les usent. II leur semble qu'ils doivent en avoir pour toujours, mais ils ont à peine atteint la quarantaine que voici déjà le dernier. Cette découverte comporte, bien entendu, son tragique. Ils ne sont pas habitués à ménager des visages; le dernier est usé après huit jours, troué par endroits, mince comme du papier, et puis, peu à peu, apparaît alors la doublure, le non-visage, et ils sortent avec lui.
 
Mais la femme, la femme : elle était tout entière tombée en elle-même, en avant, dans ses mains. C'était à l'angle de la rue Notre-Dame-des-Champs. Dès que je la vis, je me mis à marcher doucement. Quand de pauvres gens réfléchissent, on ne doit pas les déranger. Peut-être finiront-ils encore par trouver ce qu'ils cherchent.
La rue était vide; son vide s'ennuyait, retirait mon pas de sous mes pieds et claquait avec lui, de l'autre côté de la rue, comme avec un sabot. La femme s'effraya, s'arracha d'elle-même. Trop vite, trop violemment, de sorte que son visage resta dans ses deux mains. Je pouvais l'y voir, y voir sa forme creuse. Cela me coûta un effort inouï de rester à ces mains, de ne pas regarder ce qui s'en était dépouillé. Je frémissais de voir ainsi un visage du dedans, mais j'avais encore bien plus peur de la tête nue, écorchée, sans visage." 
(Ed. Seuil, "Points" - traduction de Maurice Betz)
 
 
Rainer Maria Rilke
 
 
 
 
 
("Il était de ces hommes qui ne cessent pas jusqu'au bout de s'étonner d'avoir un nom, comme on s'étonne en passant devant un miroir d'avoir un visage, et que ce soit précisément ce visage-là." Marguerite Yourcenar)
 
 
 

Tartuffe au pays des Droits de l'Homme..

 
 
Emue tout autant qu'indignée
par les discours et pétitions de l'élite artistico-politique
en faveur de la libération de Roman Polanski,
je tenais à vous livrer sur ce blog la lettre ouverte d'un anonyme,
coupable du même genre de crime,
adressée ouvertement à B.Kouchner et F.Mitterand 
et publiée dans le journal Le Monde du 30/09/09 ..
 
***
 

Lettre ouverte à Monsieur Kouchner et Monsieur Mitterrand

par Manu A, Invalide sans profession.
30.09.09
 

"Vos prises de position au sujet de l'affaire Polanski me forcent à venir à vous. En 1989, il y a donc 20 ans de cela, je me suis rendu coupable des mêmes faits que l'on reproche à Monsieur Polanski. Je croyais, moi aussi, que j'avais un rapport sexuel avec une adolescente de 14 ans consentante. Contrairement à votre pauvre cinéaste, j'ai attendu sagement la venue des gendarmes, puis je suis resté en cellule deux ans et demi, jusqu'à mon procès devant la Cour d'assises. Et, toujours en cellule, j'ai compté deux mille deux cent cinquante cinq (2255) jours avant d'être enfin élargi. Soit dit en passant, sans une seule permission de sortir préalable.

Le fait est que la prison, le procès et la psychanalyse aidant, j'ai fini par saisir une subtilité qui jusque là m'avait échappé et qui, je l'avoue, était sinon à l'origine de mon acte, tout du moins un élément déclencheur de ce que j'infligeais à ma victime. Comme j'ai pu constater, suite à l'affaire Polanski, que cette subtilité vous échappe à tous deux, je m'empresse de vous en faire part. J'ai appris à mes dépends, mais aussi et surtout aux dépends de celle à qui j'ai fait tant de mal, qu'une gamine de 13 ans ne peut en aucun cas donner son consentement pour une relation sexuelle avec un adulte. Je le répète, il est impossible qu'elle donne son consentement, y compris lorsqu'elle est explicitement demandeuse, c'est vous dire combien certains font fausse route et pourquoi je fus très justement condamné pour viol. Si vous me demandiez la raison de cette impossibilité, je vous répondrais ce par quoi je commençais ce paragraphe. D'où, Messieurs les ministres, la nécessité de répondre de ses actes devant la justice, devant la victime et de les revoir, les mâcher, les ruminer, jour après jour, nuit après nuit. Tout cela bien sûr dans la douleur, les larmes, la contrainte, l'humiliation, la honte et la solitude de la prison. Travail qu'on ne peut nullement réaliser dans le strass et les paillettes. Travail que vous, Messieurs les ministres et tous ceux qui protègent Polanski depuis si longtemps, l'avez empêché de réaliser.

Voilà pourquoi cette affaire lève un tel tollé parmi les gens communs, et voilà la raison du décalage abyssal qu'il y a entre l'opinion du petit peuple, dont je suis, et vous et vos amis intellectuels : parce que vous vous dressez comme un seul homme contre ce que nous enseigne toute notre civilisation - excusez du peu !

Vous, Messieurs, voilà que tout d'un coup, vous nous crachez que l'homme ne doit nullement faire amende honorable, ni redresser son chemin. Et vous voilà, soudain, la bouche pleine de ses pitoyables excuses que l'on entend si souvent dans la bouche de tristes individus, dont j'étais, plus proches de l'animalité que de ce à quoi ferait penser leur silhouette: "Elle était consentante, elle paraissait vingt ans, il y a si longtemps" Vous, ministres et intellectuels, vous n'avez loupé aucune de ces bestialités, plus l'insulte faite à tous ceux qui purgent leur peine dans la promiscuité, le silence et l'oubli de nos prisons.

Mais il y a pire. Les faits dont je me suis rendu coupable, je les ai commis en 1989, il y a donc vingt bonnes années. Personnellement, j'ai assumé, j'ai payé et j'ai même payé un second crime que je n'avais pas commis et puis surtout, j'ai réalisé l'infinie gravité de mes actes. Et si je n'ai jamais eu droit au pardon, j'ai en revanche eu droit à l'oubli... Jusqu'en février dernier. Car voilà qu'en février 2009, donc vingt ans après, ces messieurs en uniforme sont venus me notifier que dorénavant j'héritais d'une nouvelle punition qui consiste à devoir me rendre deux fois par an dans leurs locaux pour leur confirmer mon adresse. Vingt ans après Monsieur Kouchner ! Vingt ans après Monsieur Mitterrand ! Alors que j'ai tout assumé, payé et jamais récidivé. Alors qu'ils ont devant leurs yeux vingt longues années de non récidive. Et cette loi scélérate, c'est vous, Monsieur Kouchner, c'est vous, Monsieur Mitterrand, vous qui demandez à ce qu'on oublie un fugitif, c'est vous qui l'avez voulue et votée, quand pour Polanski "c'est si vieux, quel acharnement, méchants américains..."

Depuis février, je fais des cauchemars, depuis février, j'ai perdu ma paix et l'on m'a arraché à l'oubli, celui que la coutume ancestrale me concède. Depuis que vous m'avez infligé une nouvelle punition, vingt ans après les faits, ça va mal. Mais depuis trois jours, Messieurs les ministres, depuis que vous avez réagi pour Polanski, là vous m'avez mis la haine, j'ai perdu mon peu de sagesse. Vous m'avez empoisonné le sang. Je vous demande donc au nom du simple principe de cohérence de me faire enlever cette dernière punition aussi injuste que traumatisante. De lancer une pétition avec vos amis les intellectuels et autres cinéastes. Redonnez-moi mon droit à l'oubli, car moi, oui, j'y ai droit, j'ai fait plus juste que le "Pianiste" et son auteur : J'ai payé !"

 

Un pays sans frontières..

 
 
  
Playing for change ("stand by me")
 
Le tube de Ben E.King est repris ici par une quinzaine de musiciens de rue,
membres du collectif "Playing for Change",
de la Nouvelle-Orléans à Johannesburg en passant par Toulouse..
(visionner les autres vidéos sur leur site et sur vimeo.com)
 
 
 
Mark Johnson, ingénieur du son et co-fondateur du collectif, dit :
 
"Nous croyons que la rue est l'environnement le plus naturel pour la musique. Dans la musique de rue, il n'y a pas de barrières entre le musicien et le public : pas de scène, pas de billets d'entrée, pas de portes fermées. 

Au début, nous économisions juste assez d'argent pour acheter nos billets d'avion puis chercher des musiciens à notre arrivée. Ensuite, notre réseau s'est beaucoup développé, grâce au bouche à oreille. Parfois je fais quelques recherches sur Internet pour me renseigner sur les différents instruments traditionnels d'un pays pour essayer de les intégrer à notre enregistrement.

Pour le clip de 'Stand by Me', tout a commencé quand je suis tombé sur Roger Riddley à deux pas de chez moi, à Santa Monica en Californie. J'ai tellement aimé son interprétation que je lui ai demandé si je pouvais l'enregistrer et faire circuler sa musique dans le monde. Il m'a regardé comme si j'étais fou, mais a dit d'accord, et ensuite son enregistrement est devenu la base sur laquelle tous les autres musiciens sont venus s'ajouter.

Je pense que ce projet peut concrètement promouvoir la paix dans le monde parce que quiconque regarde nos vidéos se rend vite compte qu'avant d'être tous différents nous faisons tous partie du même genre humain. Nous avons nous-mêmes créé ce qui nous sépare, alors nous pouvons tout aussi bien créer des liens. Je pense que la musique est l'un des meilleurs moyens de démontrer cette idée.

Nous sommes aujourd'hui sponsorisés par une maison de disques, mais cela n'a changé en rien l'esprit de notre projet. Les musiciens touchent des royalties sur d'éventuelles ventes de disques, mais aucun ne fait ça pour l'argent.

Pour l'instant, notre fondation n'a construit qu'une école, mais on a plusieurs projets en cours. Tout comme la vidéo de 'Stand by Me' commence par un type et sa guitare, notre fondation commence par une école, qui sera ensuite reliée à beaucoup d'autres à travers le monde."

 
***
 
 
(merci à R.M. pour cette belle découverte..)
 
 

Démonologue..

 
 
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(H.R. Giger) 
 
  
 
Leurs mots sont lourds de sève contenue,
d'âmes en détresse qui font la ronde
pour se sentir moins seules,
Ils nous transpercent de leur regard ignescent
pour débrider le nôtre, 
Leurs chants nous aspirent
vers des sphères de musique inconnue 
 où les notes se lisent sur nos lèvres exsangues,
Le fiel qui coule de leurs bouches
se mêle à la rosée du matin pour étancher
nos soifs de lendemains
et leur esprit flamboyant retranscrit
en lettres de sang le chapitre
du reste de nos vies..
 
  
 
  
   (Marilyn Manson - "Sweet dreams")
 

La Porte d'Ivoire..

 
 
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Yanne le Toumelin ("miroir du ciel") 
 
 
 
Elle voit tourner la roue à l'envers
décalée dans un espace-temps qui lui tourne le dos
Elle s'ingénie à bouger dans tous les sens
mais ses contorsions douloureuses n'y changent rien
Elle est en inéquation avec le reste du monde..
 
 
Il s'emploie à lui montrer un chemin de vie
qu'elle ne reconnaît pas
Peur de s'enliser dans des marécages obscurs
  où les traces d'elle se perdraient à jamais
Elle cherche sa Porte d'Ivoire..
 
 
Elle décide de sortir de l'enfer de la nuit
de suivre l'écho qui résonne dans sa mémoire
Elle ferme les yeux, se bouche les oreilles
et Avance
sans se retourner..
 
 
 

A l'ambre des mots

 
 
 
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J'ai aiguisé mes canines
à l'ambre des mots.
Mes nuits devenues fauves.. 
 
 
 

Une petite musique..

 
 
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Camille Claudel - ("La petite Sirène") 
 
 
La musique des corps est silencieuse.
Elle se joue sur la peau en accords muets.
On dirait la vague qui caresse le sable.
Le ciel est rouge.
 
L'horloge s'est arrêtée. Le rythme s'amplifie,
autrement. Dans la démesure du temps
qui s'affole, quand les boussoles perdent
le nord. Ils ne trouvent plus les mots.
 
Il parle. Elle n'entend pas.
Sa bouche parle un autre langage, un souffle
brûlant, une odeur qui enivre. Ils flottent,
mais il n'y a pas d'eau. Un reflet sur la vitre,
peut-être, une lueur au-dehors. Elle ne voit pas.
 
 
   
 
  

Take it easy..

 
 
 
 
 
 
 
etc...
 

Réminiscences..

 
 
"Tout ce que nous voyons n'est-il déjà pas un larcin fait au ciel,
les ruines immenses des gloires de jadis
et les restes d'un abominable repas ?"
 
Novalis
("Les disciples à Saïs)
 
 
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La Dame de Warka
(musée de Bagdad - infos ici) 
  
 
Ils avaient trouvé cette pièce unique lors de fouilles au Moyen-Orient. Dans l'un de ces pays perdus dans le dédale des guerres fratricides. Elle a été le témoin de la folie des hommes et nous raconte à sa façon l'histoire des meurtres impunis.
De tout ce qu'elle a pu voir, il ne reste plus qu'un peu de sable noir dans le creux de ses orbites..
 
 
 

Jason de Caires Taylor

 
 
 
Jason de Caires Taylor ("Vicissitudes") 
 
 
Jason de Caires Taylor est un sculpteur qui a une façon tout à fait originale d'exposer ses oeuvres. En effet, une fois achevées, il les installe sous la mer et invite le spectateur-plongeur à une expérience étrange et unique à travers un art en perpétuelle transformation. Cette collection d'oeuvres immergées ouvre au spectateur une porte sur l'insolite univers sous-marin et transmet un message vital sur l'importance de respecter ses richesses et ses mystères.
 
 
 
 
   
 
 
 

Just lovely..

 
 
 
     
jeff Beck & Tal Wilkenfeld - "Cause We Ended As Lovers"
 
 
 
Et une dernière pour les afficionados.. ! 
 
  
Big Block (Crossroads guitar festival, Chicago, 2007)
 
 
 
 

Plein amour..

 
 
 
 Elena Zolonitsky
 
 
 
Plein amour (extrait)
 
Dès que tu entres dans ma chambre
tu la fais se tourner vers le soleil.
Le front sur toi de la plus faible lueur
et c'est tout le ciel qui t'enjambe.
Pour que mes mains puissent te toucher
il faut qu'elles se fraient un passage
à travers les blés dans lesquels tu te tiens,
avec toute une journée de pollen sur la bouche.
Nue, tu te jettes dans ma nudité
comme par une fenêtre
au-delà de laquelle le monde n'est plus
qu'une affiche qui se débat dans le vent.
Tu ne peux pas aller plus loin que mon corps
qui est contre toi comme un mur.
Tu fermes les yeux pour mieux suivre les chemins
que ma caresse trace sous ta peau.
 
       Lucien Becker (1911-1984)
 
 
Un poète au centre de la femme mais en marge des cercles littéraires..
 
 
 
   
 
 

transcendantal..

 
 
 
Anna Cherer 
 
 
 
 
"L'homme a ce choix : laisser entrer la lumière
ou garder les volets fermés."
 
Henry Miller
 
 

Remous..

 
 
 
Ken Wong 
 
 
 
Derrière les mots serpentins
se cache une douleur
une ride sur l'onde étale..
 
  
 
 
 

Pensée sous influence..

 
 
 
Yahne Le Toumelin ("Prisonnier de ma tête") 
 
 
 
Les limites de la Pensée
 
"La plupart d’entre nous ont une ligne de pensée bien déterminée. Si vous êtes spécialisé, votre pensée suit certains sillons tout tracés ; si vous adhérez à une religion, à une structure idéologique donnée, cela conditionne votre pensée. C’est ainsi que nous perdons notre capacité de raisonnement. La raison suppose une certaine capacité à faire preuve de scepticisme, à douter, à ne pas être prêt à admettre tout ce qui émane des psychologues, des professeurs ou des livres sacrés. Il n’y a pas de livres sacrés : ce ne sont que des ouvrages imprimés, comme les autres livres, mais nous leur accordons de l’importance en raison de leur ancienneté. Il sont, nous dit-on, l’expression de saints ou d’un maître spirituel, c’est pourquoi nous attribuons à ces mots imprimés une énorme importance, ce qui revient à être assujetti au langage. Lorsque nous sommes sous l’emprise du langage, nous sommes incapables de raisonner convenablement, sainement. Il est tout à fait impossible de raisonner logiquement si l’on est au service d’une croyance ou d’une idéologie particulières, car si l’on se consacre ou s’identifie à l’une ou à l’autre, on tourne en rond dans le cercle fermé de cette idéologie ou de cette croyance : on ne pense pas de manière profonde, pleine et entière.
 
Toutes nos activités se fondent sur la pensée. Que ce soit dans la construction d’un splendide édifice, dans la réalisation de formidables prouesses technologiques ou dans nos relations interpersonnelles, chacune de nos actions est ancrée dans la pensée. Et la pensée, quelles que soient les circonstances, est toujours limitée, car elle est issue du savoir, c’est-à-dire du passé.
La pensée nous rend tributaires du temps, autrement dit du passé ; elle est le résultat, l’écho du savoir, des souvenirs emmagasinés dans la mémoire, stockés dans le cerveau. C’est une évidence. Sans être des spécialistes du cerveau, nous sommes néanmoins capables de voir que le cerveau est un instrument très ancien, un très, très vieil outil, conditionné par l’enregistrement d’une succession de dangers, de plaisirs, de peurs, etc.
La pensée, c’est donc le mouvement du temps, elle n’est autre qu’un processus de mesure : « Je vais devenir meilleur. Je crois être ceci, mais demain je vais me transformer, devenir autre. » Tout cela procède de la mesure. Les notions de plus et de moins, de profondeur et de hauteur, de vertical et d’horizontal, relèvent toutes de ce processus de mesure. Toute mesure implique une comparaison. Chacun d’entre nous ou presque se compare à autrui : on se compare toujours à quelque chose de plus grand — jamais aux plus dépourvus que nous, mais à ceux qui sont d’un rang supérieur, ou dotés d’un intellect supérieur.
La pensée est limitée en toutes circonstances : c’est un processus visant à mesurer, elle n’est donc jamais libre."
 
 
Rôle de la pensée dans les rapports humains
 
"La relation est-elle un processus d’identification ? La relation que vous entretenez avec votre femme, votre petite amie, ou petit ami, se fonde-t-elle sur la pensée ? Vous pouvez dire : « Non, elle n’est pas basée sur la pensée, mais sur l’amour. » C’est le mot le plus faux, le plus frelaté jamais utilisé, car ce terme insidieux d’ « amour » nous permet de fuir. Jamais nous n’affrontons la question de savoir ce qui est à la source de nos relations les uns avec les autres, intimes ou autres : est-ce la pensée ? Et si ce n’est la pensée, s’agit-il alors des sens ? Les sensations sexuelles, le sentiment, la sensation de partage, de compagnonnage, etc. — tout est basé sur la pensée. Les sens deviennent l’instrument de la pensée, qui s’identifie alors avec les sens.
Si la base en est la pensée, la pensée étant limitée, votre relation à autrui l’est forcément aussi, or deux relations limitées engendrent le conflit. Dans toutes nos relations, nous sommes en conflit avec l’autre.
Nous devons savoir s’il existe une relation qui ne soit pas fondée sur la pensée, celle-ci n’étant autre que le souvenir, la mémoire. Vous m’avez fait du mal, et je m’en souviens. Vous m’avez donné du plaisir — sexuel ou autre — et je m’en souviens. Vous m’avez blessé, vous m’avez porté aux nues, vous m’avez réconforté : tout cela est emmagasiné en moi sous forme de souvenirs : de là naît la pensée, et je dis que je suis lié à vous.
Pour répondre à cette question, il faut examiner pourquoi le cerveau enregistre. Par exemple, vous avez eu, sous le coup de l’agacement, des mots malheureux envers votre petit garçon ou votre fille, votre mari ou votre femme, ou vous avez au contraire échangé des paroles gratifiantes. Toutes ces paroles sont enregistrées. Cet enregistrement fait partie du système d’auto-protection du cerveau, qui ne peut fonctionner que dans un contexte de sécurité absolue.
Les souvenirs d’ordre sexuel, les images évocatrices, et tout ce qui a trait au sexe et nous y incite, sont mémorisés, emmagasinés, ravivés par le cinéma, le film, l’image. Et c’est à partir de cet enregistrement que commence la pensée. Or, il n’est possible d’être attentif que si l’on ne s’identifie pas à l’autre, à son esprit.
Dès l’instant où vous dites « ma fille » ou « mon fils », vous êtes pris au piège. Des mots comme « ma femme », « mon mari » vous aliènent, car ce sont de véritables bombes émotionnelles. Vous vous laissez manipuler par les mots, alors que si vous échappez à l’identification, et par conséquent à l’influence du contenu émotionnel des mots, vous pouvez faire usage de ceux-ci de manière normale et saine — et non émotionnelle.
 
 
De la nécessité de combler le vide 
 
Vous vous demandez : « Que suis-je au juste ? » Vous êtes — cela va de soi — votre nom, votre forme, votre corps, votre organisme, votre visage, mais il s’agit là de votre nature biologique, physiologique. En dehors de cela, qu’êtes-vous au juste ? Sinon le résultat de toute cette structure, de tout ce processus de la pensée ?
Mis à part votre visage, vos cheveux bouclés - bruns, noirs ou violets, peu importe - qu’êtes-vous au juste ? Dépouillez-vous des mots, mettez-vous à nu. N’êtes-vous pas le résultat logique de mots tels que : « Je suis britannique », « Je suis russe », « Je suis catholique » ? N’est-il pas vrai que vous êtes le résultat de la pensée ? Et, nous l’avons dit, la pensée est limitée. Ce que vous êtes est donc très limité. Cette entité limitée déclare : « Je suis ceci », « Je suis cela, » « J’ai des millions de dollars », « J’ai une belle vie », ou « Je mène une existence affreuse » - tout cela reste cependant circonscrit aux limites étroites de la pensée.
Qu’en est-il de vous, une fois dépouillé de vos conclusions, de vos mots, de votre expérience ? Vous n’êtes rien. Vous êtes vide.
Et, consciemment ou inconsciemment, ce sentiment de n’être rien vous fait peur : vous commencez alors à vous identifier à quelqu’un, à quelque chose, et vous croyez pouvoir combler ce vide, l’emplir d’une multitude d’idées, de relations, de connaissances, etc..
Est-ce que la pensée — l’esprit — est capable d’observer ce vide, sans s’en écarter ? En général, la tradition et le conditionnement nous incitent à l’action : il faut être actif, il faut faire quelque chose. Nous sommes habitués à ce qu’on appelle l’action « positive ». Tout ce qui ne relève pas de l’action positive est étiqueté « action négative ». Notre cerveau, notre esprit, nos habitudes obéissent à cette notion d’action positive, qui nous pousse à agir, à faire quelque chose. J’ai peur : je dois maîtriser ma peur. Je suis avide : j’agis dans le but de satisfaire ou de contrôler mon avidité. La plupart d’entre nous sont donc rodés à agir - attitude que l’on qualifie « positive » — et cette action « positive » englobe aussi la réaction opposée qui consiste à rester passif, à plonger dans la torpeur devant les faits, à les camoufler ou à les fuir.
 

Ce que nous suggérons c’est qu’il existe un autre type d’action : une non-action, sans aucun lien avec l’action « positive ». La non-action, n’est pas l’opposé de l’action. L’action, étant fondée sur la pensée, reste très limitée, alors que la non-action, étrangère à tout lien avec un contraire, est d’un ordre tout à fait différent.

Le fait est que vous vous identifiez parce que vous avez peur, que vous vous sentez seul, vide, angoissé. Ce fait, pouvez-vous l’observer, mais sans intervenir ? Pouvez-vous le regarder, simplement, comme on contemple la majesté des montagnes, comme on suit du regard la course des eaux vives ? Ne rien faire d’autre qu’observer. Si vous observez ainsi, vous êtes dans la non-action — et ce qui fait l’objet de votre observation en est profondément modifié. En revanche, lorsqu’on veut intervenir, agir « positivement », on se distancie de ce qu’on observe — de là naît le conflit.

Racines de la Peur

Nous éprouvons tous une certaine forme de peur — en tous cas la peur concerne la plupart d’entre nous. Notre vie est si menacée. Nul n’est certain d’avoir les ressources suffisantes pour vivre, il y a aussi l’incertitude liée à la guerre, aux pressions qui s’exercent partout dans le monde. On redoute de perdre son emploi, de tomber malade : dans chaque cas la peur est présente. Sur le plan psychologique, intérieur, il y a la peur de la solitude, la peur de l’échec, la peur de ne pas être aimé ou même la peur du noir. La peur et ses nombreuses ramifications..

Quelles sont les racines de cet immense sentiment de peur, dans nos relations, dans nos activités, dans notre travail, cette peur de l’avenir, et tout ce que que cela implique ? Je peux analyser les causes et les conséquences, mais l’analyse ne résout pas le problème car celui qui analyse se croit distinct de l’objet analysé. Nous ne sommes pas ici en train d’analyser, mais d’observer. L’analyse et l’observation diffèrent du tout au tout. L’observation suppose que l’on regarde sans qu’il y ait d’observateur. Alors que si l’on analyse les causes, les raisons, et que l’on poursuit indéfiniment l’analyse, cela suppose que l’analyseur s’estime distinct de l’analysé. Cette observation nous dévoile toute l’histoire de l’objet observé, mais en outre, l’observation en soi déclenche un processus de changement au sein même de ce que l’on observe. Etes-vous capable d’observer votre peur de cette façon-là ? Pour ce faire, aucune pratique n’est requise, contrairement à ce qu’affirment vos théories favorites. Si vous êtes vraiment décidé à vous libérer de la peur, il faut observer. Quelle est l’origine de la peur, de toute peur ? La source de toute peur n’est-elle pas le temps ? Le temps qui nous fait dire : « Et si je tombais malade » ; « Et si je perdais mon travail » ; « Il se pourrait que mes mauvaises actions soient dévoilées au grand jour » ; « J’ai peur de la mort, qui m’attend là-bas. » ; « Ma femme pourrait se mettre en colère. » « Et il se pourrait que... »

La peur n’est-elle pas le mouvement du temps ? Tout mouvement implique le temps : pour aller d’ici à là-bas, du passé au présent, du présent au futur, il y a tout un mouvement qu’on appelle le temps. Ce mouvement du temps, n’est-ce pas la pensée ? Pouvez-vous observer le mouvement du temps, autrement dit le processus de la pensée, qui n’est autre que la racine même de la peur, l’observer sans chercher à agir sur lui ?

L’observation suppose l’absence d’observateur — donc de celui qui incarne le passé, qui a des théories, des conclusions toutes faites, des espoirs, des craintes, des orientations. Pour regarder sans qu’il y ait d’observateur, nul besoin d’un entraînement : il faut simplement observer sans rien attendre en retour. Vous verrez alors, si vous regardez de cette façon-là, que les racines de la peur se mettent à changer du tout au tout. Quand l’observation est attentive, vivace, passionnée, les racines de la peur commencent à se dissoudre : c’est l’effet de la non-action, de la négation." ...

 

Jiddu Krishnamurti

 

("C'est faux de dire : je pense. On devrait dire : on me pense." - Arthur Rimbaud)

 

Life is ..

 
 
        
 
 
It takes a crane to build a crane
It takes two floors to make a story
It takes an egg to make a hen
It takes a hen to make an egg
There is no end to what I'm saying

It takes a thought to make a word
And it takes some words to make an action
And it takes some work to make it work
It takes some good to make it hurt
It takes some bad for satisfaction

Ah la la la la la la life is wonderful
Ah la la la la la la life goes full circle
Ah la la la la life is wonderful
Ah la la la la la

It takes a night to make it dawn
And it takes a day to make you yawn brother
And it takes some old to make you young
It takes some cold to know the sun
It takes the one to have the other

And it takes no time to fall in love
But it takes you years to know what love is
And it takes some fears to make you trust
It takes those tears to make it rust
It takes the dust to have it polished

Ah la la la la la la life is wonderful
Ah la la la la la la life goes full circle
Ah la la la la la la life is wonderful
Ah la la la la

It takes some silence to make sound
And it takes a lost before you found it
And it takes a road to go nowhere
It takes a toll to make you care
It takes a hole to make a mountain

Ah la la la la la life is wonderful
Ah la la la la la life goes full circle
Ah la la la la la la life is wonderful
Ah la la la la la life is meaningful
Ah la la la la la la life is wonderful
Ah la la la la la life is meaningful
Ah la la la la la la life is full of
Ah la la la la la life is so full of love.. 
 

Le souffle..

 
 
 
  
 
Je voudrais mourir dans tes cheveux, dans la coupe de tes mains,
une eau claire qui s'écoule sans se préoccuper des saisons,
le chant de l'alouette qui colore de mille éclats l'aube blafarde
du jour recommencé, tu me dis dans l'amour c'est toujours l'innocence,
tu déchires le voile des peurs enfouies, tu me brûles du feu de tes lèvres,
et sans fin le souffle de ton désir ondule sur ma peau affamée
comme le vent du désert sur les dunes éternelles..
 
 
("Tout vrai regard est un désir"- Musset)
 
    
 

Hasta pronto..

 
 
 
(Pénélope Bagieu) 
 
 
 
    
      Stacey Kent - "Too darn hot"